Le choc, provoqué par le déremboursement
à 35% des médicaments homéopathiques
décidé, en 2003, sans aucune concertation
a été à l'origine de l'organisation
de ce débat sur le thème de " l'homéopathie
en danger ". Au centre des préoccupations,
le risque que cette baisse du taux de prise en charge
soit la première étape vers l'exclusion
de l'homéopathie du périmètre des
soins reconnus dans le cadre de la réforme de l'assurance-maladie.
Ce colloque qui s'est déroulé samedi 15
mai 2004 dans le lieu " symbolique " de la Faculté
de médecine de Paris réunissait des médecins,
des chercheurs, des économistes de santé,
des associations de patients, des responsables politiques,
et un représentant des assureurs complémentaires,
- mais en l'absence déplorable et déplorée
des responsables de la Sécurité Sociale
et de la Mutualité. Les personnalités présentes
se sont exprimées sur la place de l'homéopathie
dans le nouveau système de santé réformé
et sur l'éventuelle exclusion du remboursement
de cette pratique médicale.
EFFICACE ET PAS CHER
: C'EST L'HOMEOPATHIE QUE JE PREFERE.
Le Dr Dominique JEULIN-FLAMME,
présidente du SNMHF, a ouvert le débat
par un tour d'horizon de la pratique, en constatant que
" selon la CNAM, la médecine homéopathique
coûte deux fois moins cher que la médecine
générale ", en termes d'honoraires
et de prescriptions remboursés par l'assurance-maladie.
Et ceci bien que les médecins homéopathes
soignent les mêmes pathologies que les autres médecins.
" Pourquoi la Sécu ne se penche-t-elle
pas plus sur une pratique qui est source d'économies
? ", s'est interrogée la présidente
du SNMHF. La question est valide puisque la raison
principale, avancée par le gouvernement, de la
baisse du taux de remboursement des médicaments
homéopathiques à 35 % est de faire des"
économies ". Les médicaments
homéopathiques ne représentent que 0,8 %
de l'ensemble des remboursements pharmaceutiques de l'assurance-maladie,
un taux qui est en baisse depuis plusieurs années.
Le Dr JEULIN-FLAMME a ensuite abordé
l'incontournable service médical rendu (SMR),
sur lequel le gouvernement s'appuie pour justifier le
déremboursement partiel de l'homéopathie.
La présidente du Syndicat a rappelé que
" les médecins homéopathes veulent
s'engager dans une démarche d'évaluation.
Nous sommes prêts à nous lancer. Mais pour
cela, il faut des outils adaptés ",
qui prennent en compte " la qualité des
soins, leur efficacité, la qualité de
vie des patients. Il faut aussi des moyens financiers
" et que tout cela s'inscrive dans une dimension
européenne. La présidente du SNMHF
a également rappelé l'importance des patients
qui peuvent " expliquer aux responsables politiques
et de la Sécurité sociale " que
" l'homéopathie soigne et souvent guéri
".
L'HOMEOPATHIE EST RICHE DE NOUVELLES
POSSIBILITES
Un des points du débat sur la place de l'homéopathie
dans le système de soins est celui de son domaine
d'application : placebo ? Simple complément à
la thérapeutique classique ?
Le Dr Antoine DEMONCEAUX, trésorier du
SNMHF, chargé d'enseignement à la Faculté
de pharmacie de Reims et président d'une société
rémoise de FMC, a rappelé que l'on peut
prescrire des médicaments homéopathiques
en traitement de première intention. Le Dr
DEMONCEAUX a ensuite abordé la thérapeutique
de deuxième intention, qui concerne essentiellement
les maladies chroniques. Cela permet dans ce cas de
" réduire les prescriptions allopathiques
ainsi que les risques iatrogènes, de garder une
variété thérapeutique. "
Antoine DEMONCEAUX est ensuite revenu sur l'automédication,
notant que dans ce cas de figure, le pharmacien est
un " relais indispensable ", puis a
conclu sur l'homéopathie à l'hôpital,
où celle-ci peut être associée à
d'autres thérapeutiques.
Conclusion : " Si l'ensemble des médecins
est convaincu de l'utilité de l'homéopathie,
son utilisation est encore beaucoup trop restreinte
". Antoine DEMONCEAUX a ainsi dénoncé
une véritable " ségrégation
" de l'homéopathie dans l'enseignement en
université, puis a appelé à une
" ouverture des hôpitaux " à
cette pratique.
ASSUREURS SANTE : UNE DOSE TROP HOMEOPATHIQUE
Raphaël REITER, du Groupe
Generali - seul représentant des assureurs complémentaires
ayant accepté de venir débattre - a constaté
que l'homéopathie " est un produit marketing
pour les assureurs ". Il a expliqué que
dans un marché de l'assurance santé très
concurrentiel, " les garanties de la médecine
naturelle permettent de se différencier ".
Avec 5 000 médecins exerçant l'homéopathie
à titre principal, 25 000 généralistes
prescrivant des médicaments homéopathiques
de façon occasionnelle, et 40 % des Français
déclarant en être des consommateurs, la France
se situe en effet au premier plan dans le secteur. Raphaël
REITER a cependant remarqué que " le
constat n'est pas vraiment rose du côté des
assureurs ". " Les offres [en homéopathie]
ne sont pas intéressantes ", a ainsi déclaré
le directeur santé du Groupe Generali, regrettant
que les assureurs complémentaires abordent plus
la question de l'homéopathie sous l'angle marketing
que sous un angle réellement professionnel.
Soulignant le fait qu'un " patient traité
par homéopathie coûte moins cher "
qu'en médecine allopathique, Raphaël
REITER a estimé que " les assureurs
n'ont pas vraiment compris " l'intérêt
d'étendre leurs offres à l'homéopathie.
L'assureur a ainsi étayé ses propos, notant
que " dans un contrat santé, la pharmacie
représente 30 % des dépenses. Si on peut
faire des économies [sur ce point], c'est intéressant,
car on pourrait ensuite réorienter l'argent vers
d'autres soins non pris en charge par un contrat d'assurance
classique ". Dans cet esprit, il s'est déclaré,
prêt pour sa part, à prendre en charge
au premier euro, les médicaments homéopathiques
en cas de désengagement de l'assurance-maladie
obligatoire
HOMEOPATHIE : QUI CHERCHE TROUVE.
En matière de recherche en homéopathie,
le Dr Bernard POITEVIN, conseiller scientifique
du SNMHF, a souligné le " contraste entre
la demande de la population et la recherche "
actuellement faite en homéopathie, qui, en France,
est exclusivement privée. Il a cependant constaté
que " le dossier a beaucoup évolué
", puisqu'au début des années 1980,
il n'y avait alors " aucun essai clinique
". Le Dr POITEVIN a en outre rappelé
que " l'homéopathie marche mieux qu'un
placebo ", mais a reconnu qu'il était
" difficile " de refaire une expérience
quand un traitement homéopathique est efficace
pour une pathologie donnée. Craignant que "
la relève ne soit pas assurée ",
le conseiller scientifique du SNMHF a ensuite demandé
que l'homéopathie entre dans la formation universitaire,
puis a conclu sur le contraste entre la demande de la
population en homéopathie, qui est forte, et les
baisses de remboursement décidées par les
politiques.
ECONOMIE DE SANTE : UNE GRANDE DILUTION
Le Pr. Gérard DURU, directeur de recherche
au CNRS, professeur et directeur de la formation doctorale
" Méthodes d'analyse des systèmes de
santé " Universités Lyon 1, Lyon 3,
Aix-Marseille, Toulouse, Rennes, a ensuite fait un exposé
sur l'homéopathie dans l'économie de santé.
Le Pr. DURU s'est notamment penché sur la complexité
de l'évaluation du rapport coût/efficacité
de l'homéopathie, indiquant que ces critères,
avec celui de la qualité de vie du patient, "
ne correspondent pas toujours l'un avec l'autre "
: un traitement peu onéreux n'est pas forcément
le moins efficace, et vice versa.
MEDICAMENT
Le président du Syndicat national de la pharmacie
homéopathique a rappelé les propositions
que fait l'industrie aux politiques et aux responsables
de la santé : " Reconnaître que les
médicaments homéopathiques ont une vraie
spécificité, accepter le remboursement à
65 %, autoriser la prescription en milieu hospitalier
et donner des moyens à la recherche publique
".
LES PATIENTS
Des représentants d'associations de patients :
Forum Médecine et Bien Etre, l'Association
de Promotion de l'Homéopathie et l'Association
Homéopathie en Provence; se sont ensuite exprimés,
remarquant notamment que " l'homéopathie
est une chance pour le système de santé
", en insistant sur la forte demande des patients
d'une homéopathie bien remboursée (consultations
et médicaments).
LES ENGAGEMENTS DES POLITIQUES
La main sur le cour, les représentants des partis
politiques ont juré que l'homéopathie ne
serait pas exclue du système de santé. Pierre
MORANGE, vice-président UMP de la Commission
des affaires sociales de l'Assemblée Nationale,
a affirmé " qu'il ne devrait pas y avoir
d'exclusion à priori. La volonté de démontrer
l'efficacité de l'homéopathie doit être
prise en compte. La Haute Autorité qui sera mise
en place dans le cadre de la réforme de l'assurance
-maladie devra évaluer l'ensemble des thérapeutiques
". De son coté, Claude PIGEMENT, délégué
national à la santé du PS, a d'emblée
déclaré : " on ne veut pas tuer
l'homéopathie ". Le responsable politique
a insisté sur le fait que " le PS est attaché
au pluralisme thérapeutique. L'homéopathie
fait partie de la palette des traitements. C'est l'évaluation
qui doit être le critère déterminant
". Claude PIGEMENT s'est aussi penché
sur la question de l'évaluation des médicaments
homéopathiques, un " problème de
fond ", estimant qu'il fallait " y associer
tous les paramètres ", et travailler en
collaboration avec les scientifiques et les malades.
Le délégué national à la
santé du PS a par ailleurs déclaré
qu'une baisse du taux de remboursement de l'homéopathie
à 35 % était " incohérente
", remarquant qu'un médicament "
marche ou ne marche pas ". Claude PIGEMENT
s'est ainsi interrogé sur la pertinence de mettre
en place plusieurs taux de remboursement par la Sécu
: " Si un médicament est utile, il doit
être remboursé à 65 % ".
Même position pour le représentant de l'UMP
: " Le remboursement est à 65% ou 0% selon
que le médicament est efficace ou non "
Pierre MORANGE, estime pour sa part que "
la pertinence de l'homéopathie est prouvée
". Il a néanmoins rappelé que le déremboursement
partiel de l'homéopathie " s'inscrit dans
le principe d'efficacité ". Paradoxe qui
a fait réagir une partie du public. M. MORANGE
a poursuivi, indiquant qu'il fallait " donner
de la crédibilité " à l'évaluation
des médicaments homéopathiques, et estimant
qu'en la matière, l'Etat n'est " pas un
très bon gérant ". Il y a un "
nouvel équilibre " à trouver,
a estimé le responsable politique.
Pierre MORANGE s'est en outre penché sur
la " philosophie particulière ",
la " démarche pro-active des patients
" qui choisissent l'homéopathie. Et revenant
sur la création d'une Haute autorité de
santé et de sa composition, le vice-président
UMP de la Commission des affaires sociales a déclaré
qu'il était " bien en peine de répondre
" à la question de savoir ce qu'était
un expert en homéopathie, indiquant qu'il faudrait
créer un " cénacle d'experts, homéopathes
et allopathes ". Claude PIGEMENT a pour
sa part précisé qu'un expert ne devait avoir
aucun lien avec des laboratoires pharmaceutiques. Quant
à savoir ce qu'est un expert en homéopathie,
pas de réponse non plus du côté du
PS.
En conclusion du débat, le Dr Dominique JEULIN-FLAMME
a déclaré que tous les acteurs du secteur
thérapeutique avaient " la force, la capacité
à faire vivre l'homéopathie ". La
présidente du SNMHF a cependant ajouté que
" la bagarre sera rude ".
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